09/02/2018

Le projet

par Antonio Rodriguez
directeur du Printemps de la poésie

 

« La poésie, cette langue que personne ne parle et que tout le monde comprend. » (Musset)

 

L’éternel Printemps

Après le succès des deux premières éditions, le Printemps de la poésie s’éveille pour la troisième fois en Suisse, plus fortement encore, dans tous les cantons francophones et même outre-Sarine (Bâle, Berne). Pendant une quinzaine de jours, dont le centre est le 21 mars, journée mondiale de la poésie (UNESCO), de nombreux événements (soirées, rencontres, débats, ateliers) vont permettre la redécouverte de cet art et de cette pratique qui ont lieu au quotidien, et dont nous n’avons pas forcément conscience. Pour la troisième édition, ce festival prend de l’ampleur : le double d’événements, des soirées de qualité, des partenaires prestigieux ainsi que des lieux alternatifs. Il y en aura ainsi pour tous les goûts, avec de nombreuses découvertes possibles.

 



2018 : Splendeurs de la vie — brute

Ici, on reprend son souffle. On prend le temps, on agit, on réfléchit. D’où vient notre énergie ? De nos failles ou de nos forces ? Comment ressourcer poétiquement nos sociétés ? Depuis longtemps, les poètes disent : tout est dans les passages, de la nuit au jour, d’un état à l’autre ; nous ne sommes que des saisons de la vie. Alors, explorons-les ; réchauffons nos marges, illuminons le caché, célébrons l’occulté. Agissons là où il n’y a plus rien à dire. Tu viens ? Maintenant et ici, la poésie monte et s’attaque au brut, à l’état premier du « réel », aux failles, à toutes les failles ; puis les amène jusqu’au sommet, jusqu’au sonnet, aux émotions partagées, à l’évidence de : c’est beau et fort entre nous. Le Printemps de la poésie représente plus qu’une centaine d’événements, c’est un appel vers ce qui nous appelle, une plongée dans le charbon du quotidien pour y débusquer des pépites. Laisse-toi prendre — on respire ensemble ; avec le mot « poésie ». Tu viens ?

 


Les thèmes 2018 : les marges au centre

En 2018, le Printemps de la poésie part du brut qui se tient souvent dans les marges de la vie.

1. La poésie brute : que faire des écrits bruts, de la poésie des « fous » qui se déploient comme des arabesques ? (21 mars) Y a-t-il des poètes ou des amoureux de poésie parmi les migrants venant d’arriver en Suisse ? (23 mars) La poésie est-elle une forme brute de la spiritualité ? (13 mars) La poésie des enfants est-elle brute ? (14 mars)

2. Les « intermédiaires » au centre (Assises de la poésie) : pour lancer le festival, une cinquantaine d’intervenants vont débattre, faire des bilans, présenter des innovations, attendre vos suggestions, pour remettre la poésie au centre de l’attention, avec tous les acteurs du réseau (7-9 mars).

3. Au bout de l’horizon : que ressent-on dans une croisière poétique nocturne sur le navire « Lausanne » entre la Suisse et la France ? (12 mars) Peut-on faire de la poésie sur bactérie ou dans l’espace ? (14 mars) En quoi la poésie rejoue la magie du cirque ? (17 mars) Peut-on faire de la poésie avec des lettres administratives de refus envoyées aux réfugiés ? (20 mars)

 


Les objectifs du Printemps

  • rassembler les énergies de ceux qui œuvrent tout au long de l’année pour la poésie en Suisse romande ;
  • montrer que la poésie intervient dans les différentes étapes de la vie, dans des moments cruciaux du quotidien ;
  • rappeler le spectre de la poésie dans la communauté : des objets les plus pointus (académiques) aux apprentissages les plus rudimentaires (les premières comptines) ;
  • mettre en évidence les fonctions sociales et anthropologiques de la poésie : de l’Antiquité à nos jours ;
  • donner une image créative des institutions culturelles ;
  • cultiver l’originalité des rencontres, des formules, l’humour.

 


Les 8 principes du Printemps

  • Développer une vision des nouvelles relations à la poésie
  • Garantir une éthique de la coresponsabilité, de la réflexivité commune et du partage au sein d’un Acteur-Réseau poétique
  • Stimuler le développement des « régions poétiques » dans la mondialité
  • Être à la pointe de l’innovation, par des recherches transdisciplinaires (création, critique, culture, éducation, ingénierie) et s’adapter aux mutations nombreuses de manière critique
  • Mettre en valeur les relations aux supports (oralité, livre, numérique, performance)
  • Articuler les acteurs et les institutions autour d’un projet commun, qui est au-dessus de la totalisation de leurs activités
  • Travailler sur les attachements aux communautés à partir des indignations, des failles sensibles et des exclusions
  • Redistribuer la reconnaissance par le rayonnement collectif et la visibilité des individus

 


Comment est né et qui soutient le Printemps de la poésie ?

L’idée d’un Printemps consacré à la poésie n’est pas nouvelle ; elle a été mise en place en France ou au Québec depuis de nombreuses années. En 2016 est né le Printemps de la poésie en Suisse, en partant de la Suisse romande. Il s’agissait alors de mettre en valeur la poésie (ses diverses pratiques, esthétiques ou non) et non seulement les poètes. Car les poètes ne sont pas les détenteurs de la poésie ; ils la partagent avec de nombreux acteurs parfois peu visibles (éditeurs, journalistes, critiques, lecteurs, comédiens).

Ce qui fait la spécificité de ce festival, c’est son origine, son développement et son modèle économique. D’abord, il y a une université, l’Université de Lausanne, qui a lancé l’idée du Printemps, avec le soutien de la direction et de la Faculté des Lettres. Pour ce festival, elle s’est associée au réseau des librairies Payot (12 librairies dans toute la Suisse romande). La librairie reste un partenaire fondamental dans la diffusion du livre de poèmes, et il s’agissait de dynamiser la visibilité de la poésie au quotidien, par-delà la quinzaine (voir la sélection « Option poésie »).

L’Université soutient la gestion du festival, par une équipe de programmation et de communication, qui m’accompagne. Je suis également entouré par un comité qui me conseille dans les grandes lignes du festival ou qui s’occupe de certaines régions. C’est là le ressort initial. Ensuite, il s’agit de mettre les partenaires ensemble, de réunir les énergies aux mêmes dates.

 


Pourquoi une université développe le Printemps en Suisse ?

 

Par la création et le soutien du site poesieromande.ch (dès 2011), l’Université de Lausanne s’est inscrite dans une dynamique de recherche, de collection d’information et de médiation sur la poésie contemporaine, qui a permis de souligner et de rassembler la grande quantité d’acteurs poétiques en Suisse romande. Par ses orientations générales, l’Université de Lausanne tend à développer un « laboratoire ouvert » sur la ville, sur les pratiques d’aujourd’hui, de réfléchir sur le monde contemporain. Et ce festival s’offre comme un « laboratoire ouvert » de la poésie.

Qu’est-ce que la poésie ? Quelles sont ses formes aujourd’hui ? Comment se mêle-t-elle à d’autres arts ou à d’autres genres ? Ces questions trouvent des réponses par des pratiques, des séries d’événements, au lieu de s’ancrer dans la seule théorie.

 

Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedInPrint this page